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La Biographie de Niels Bohr |
| L'atome de Bohr et les prémisses de la mécanique quantique | |
| L'interprétation de Copenhague | |
| Références |
En 1903, Niels entre à l'Université de Copenhague, où il se distingue notamment en gagnant, grâce à une étude théorique et expérimentale sur les jets de liquide et la tension superficielle, un concours organisé par l'Académie danoise des Sciences. En 1911, il en sort avec un doctorat sur la théorie électronique des métaux, dans laquelle il met en évidence l'incapacité de la physique classique à décrire le comportement de la matière à l'échelle atomique.
Il part ensuite à Cambridge, pour travailler au laboratoire Cavendish sous la direction de J. J. Thomson, mais celui-ci n'a que très peu de temps à lui consacrer. En 1912, Bohr décide alors d'aller travailler à Manchester, dans le groupe d'Ernest Rutherford qu'il a rencontré à Cambridge.
Celui-ci a, en 1911, imaginé un modèle planétaire de l'atome, dans lequel Z électrons évoluent en orbite circulaire autour d'un noyau concentrant la masse et la charge positive Ze. Ce modèle permet de rendre compte des grandes déviations que subissent parfois les particules alpha en traversant la matière, mais pose de gros problèmes de stabilité, l'électron étant condamné, selon les lois de la mécanique classique et de l'électromagnétisme, à aller s'écraser contre le noyau. Bohr, s'inspirant de la nouvelle hypothèse des quanta introduite par Planck et utilisée par Einstein, impose la stabilité de ce modèle, en postulant qu'il n'existe pour l'électron qu'un ensemble discret d'orbites stables caractérisées par des énergies bien définies, et que le passage d'un état à un autre ne peut être décrit par la mécanique classique ; la transition entre deux orbites stables s'accompagne de l'émission d'un rayonnement dont la fréquence est égale à la différence d'énergie des deux états divisée par la constante de Planck. Ce modèle, qui repose sur un mélange encore contradictoire de théorie classique et de nouveaux principes quantiques encore peu clarifiés, permet en particulier de décrire les raies spectrales de l'hydrogène en accord avec la formule empirique de Balmer, mais ne pourra être généralisé à la description d'atomes à plusieurs électrons. Ces résultats, publiés en 1913, sont très remarqués et discutés au sein de la communauté scientifique, et vaudront à Bohr le Prix Nobel de Physique de 1922.
En 1912, Bohr a épousé Margrethe Norlund, dont il aura
six fils, et qui restera pour lui une compagne idéale. Après
avoir occupé les fonctions d'assistant, successivement à
Copenhague puis à Manchester, il est nommé Professeur
de Physique Théorique à l'Université de Copenhague
en 1916. En 1920, il y est nommé directeur d'un Institut de Physique
Théorique créé à son intention (l'actuel Niels
Bohr Institute), et le restera jusqu'à sa mort en 1962, date à
laquelle son fils Aage lui succédera.
Durant les années 1920, Bohr continue à se consacrer
au développement d'une théorie quantique consistante au niveau
atomique. Il s'intéresse également à une description
théorique, au niveau électronique, de la structure et des
propriétés du tableau périodique des éléments.
À Copenhague, son institut devient bientôt un centre international
important en physique théorique, accueillant un grand nombre de
visiteurs, et dont les conférences sont des lieux de rencontre privilégiés
pour les jeunes théoriciens pleins de promesses de l'époque.
Parmis ceux qui font des séjours prolongés à Copenhague,
citons notamment H. Kramers, P. Dirac, W. Heisenberg, W. Pauli, L. Landau,
J. Slater, O. Klein... Bohr lui-même se met à voyager et à
donner des conférences en Europe et en Amérique du Nord.
Il joue ainsi un rôle important dans le développement de la
mécanique quantique, longtemps après que les premiers modèles
atomiques ont été dépassés, grâce à
l'esprit de recherche et à la méthode critique qu'il cultive
dans son institut et lors de ses visites à l'étranger.
En approfondissant les idées de base de la nouvelle mécanique
quantique formalisée par Heisenberg, Dirac et Schrödinger,
Bohr atteint la notion de complémentarité : deux grandeurs
sont complémentaires lorsque la mesure précise de l'une exclut
la mesure précise de l'autre au même instant. Le point de
vue de Bohr, connu comme l'interprétation de Copenhague de la mécanique
quantique, est que la réalité est indissociable de la mesure.
Pour Einstein, selon qui "God does not play dice'', le monde physique
doit avoir des propriétés réelles indépendantes
de toute mesure. Une discussion ardente oppose alors les deux hommes, Einstein
présentant à Bohr d'ingénieuses expériences
de pensée sensées contredire le principe d'incertitude, et
celui-ci doit parfois faire appel à la relativité générale,
propre création d'Einstein, pour leur trouver une faille.
Par la suite, Bohr apporte en théorie nucléaire des idées
fructueuses et originales, notamment le modèle simple, mais riche
de développement, du noyau atomique en tant que structure composée
(1936). Il participe à la compréhension du phénomène
de fission nucléaire quand, en 1939, il présente des arguments
théoriques prédisant la fission, par les neutrons lents,
de l'isotope rare U235 mais pas de l'uranium U238.
Au cours de la seconde guerre mondiale, Bohr tente tant bien que mal
de maintenir l'intégrité de son institut dans le Danemark
occupé par les Nazis. En 1943, sur le point d'être arrêté
à cause de ses origines juives, il se trouve contraint de fuir,
d'abord en Suède, puis en Angleterre. Là, avec son fils Aage,
il participe activement au projet de bombe à fission nucléaire,
qu'il poursuit à Los Alamos au sein de l'équipe de recherche
britannique.
Conscient des problèmes éthiques posés par les
armes atomiques, il essaie en vain, en 1944, de persuader Winston Churchill
et Franklin Roosevelt de la nécessité d'une collaboration
internationale.Par la suite, il continue d'oeuvrer pour des politiques
atomiques de paix, et exprime notamment ses idées sur le sujet dans
une lettre ouverte aux Nations-Unies en 1950. En 1957, il reçoit
le premier U.S. Atoms for Peace Award.
Bohr meurt à Copenhague, le 18 novembre 1962, à l'âge
de 78 ans.
C’est en 1913 que Bohr proposa une description de la structure des
atomes, en particulier celle de l’atome d’hydrogène. Le «
modèle de Bohr » fut le premier modèle qui inclut
les idées nouvelles de théorie quantique.
Selon la description de l'atome par Rutherford, l’électron est
en rotation circulaire autour du nucleus. La physique classique, reposant
sur les équations de Maxwell, prédit qu'il doit émettre
un spectre continu de radiations électromagnétiques. Par
conséquent, perdant de l'énergie, il doit s’écraser
sur le nucleus en une fraction de seconde !
Or une analyse de la lumière émise par un atome d’hydrogène
avec un spectromètre à prisme par exemple, fait apparaître
un spectre de raies caractéristiques de l’atome. A l’époque,
les longueurs d’ondes du spectre sont liées entre elles par la formule
expérimentale de Balmer Rydberg.
Rh = 109 677.58 cm-1 (constante de Rydberg)
n,p : nombres entiers
Bohr compris que l’émission de raies spectrales traduit un
effet quantique apparaissant dans la structure de l’atome. Tout d'abord,
il postula que l’électron est capable d’être en orbite autour
du nucleus sans rayonner d’énergie électromagnétique.
Un électron, en orbite (d’ordre n) autour d’un nucleus, est
soumis à une force centrale :
Comme sa vitesse est constante, on a :(1)
Ce que Bohr introduisit de nouveau, fut de considérer l’électron non plus comme une particule, mais comme une onde, de longueur d’onde ? donnée par la relation de Broglie :(2)
Il trouva que les ondes pouvant être en orbite circulaire autour du nucleus sont telles que :(3)
Cette condition de discrétisation devient pour le moment cinétique de l'électron:(4) n : nombre quantique entier
Ainsi, Bohr postula que les seules orbites possibles sont telles que le module du moment cinétique de l’électron soit un multiple entier de l’unité de base du moment angulaire .(5)
ce qui donne, pour la première orbite circulaire (état fondamental) :(6)
D’après Bohr, sur une orbite possible, donc stable, l’énergie
totale (cinétique plus potentielle) de l’électron demeure
constante. Chaque orbite est caractérisée par une valeur
bien définie En, donnée par :
(8), ou encore,
. L’ensemble des orbites correspond donc à une suite discontinue
E1, E2,.., En des valeurs de l’énergie.
Bohr put alors déterminer le spectre de l’hydrogène avec
ce formalisme : lorsqu’un électron tombe sur un état d’énergie
inférieur, un photon est émis avec une énergie E telle
que ,
ce qui le conduit à :
Bohr retrouva donc théoriquement la formule de Balmer Rydberg (eq. 1) et la valeur de la constante de Rydberg. Certes, ce modèle de l’atome de Bohr ne pouvait encore pas expliquer tous les faits expérimentaux, mais il apporta un succès indéniable à la physique quantique, science alors nouvelle.(9)
"L'interprétation de Copenhague" est une formulation philosophique,
qui fournit un cadre de compréhension des limites et applicabilités
de la mécanique quantique. Elle a été développée
principalement par Niels Bohr et Werner Heisenberg. Elle concerne deux
points : le premier point est l'apparente incapacité à attacher
une interprétation physique aux processus quantiques. Le second
point est l'impossibilité pour une description quantique de fournir
une solution unique et déterministe à un problème
donné.
Une des premières difficultés de la mécanique quantique est qu'elle fait intervenir des objets mathématiques non intuitivement représentables. L'équation de Schrödinger, qui se trouve au cœur de la mécanique quantique, décrit le comportement d'entités physiques par des fonctions d'onde complexes, donc sans signification physique réelle. Ces fonctions d'ondes sont plutôt des concepts abstraits. Malgré cela, les prédictions de Schrödinger ont été confirmées par de nombreuses expériences bien réelles !
En même temps que l'on s'interrogeait sur la réalité
physique d'une description quantique, la description probabiliste des phénomènes
fournie par la mécanique quantique fut aussi au cœur de nombreux
débats. En effet, de par l'utilisation de certaines fonctions mathématiques
(fonction d'onde), la mécanique quantique ne permet pas de prédire
de manière certaine où se trouve une particule, mais uniquement
quelles sont les états d'occupation possibles et avec quelles probabilités
la particule peut s'y trouver. Ce fait jeta une grande consternation parmi
les physiciens. Werner Heisenberg trouva une issue en affirmant que les
résultats probabilistes donnés par la mécanique quantique
n'étaient qu'une conséquence intrinsèque des limites
de l'homme à collecter précisément des données.
"One can not say that quantum mechanics is statistical. But when one wishes
to calculate the future from the present one can only get statistical results,
since one can never discover every detail of the present".
Heisenberg explicita son point de vue en 1927 en formulant ses «
relations d’indétermination ». Ces relations expriment l’impossibilité
de déterminer avec certitude la valeur de certains couples de grandeur,
comme la quantité de mouvement d’une particule dans une certaine
direction et sa position dans la même direction, ou bien à
la fois son énergie et le temps où est effectué cette
mesure. En d’autres termes, pour un objet quantique, l’opération
de mesure intervient dans le résultat de la mesure. Par exemple,
l’observation d’un électron demande qu’on l’éclaire, c’est
à dire que l’on le bombarde avec des photons : aussi, une grande
précision sur le temps où est faite la mesure nécessite
des photons de période faible, c’est à dire d’énergie
élevée et la collision photon–électron modifiera fortement
l’énergie de cette particule.
Bohr quant à lui, arriva à la conclusion que la théorie quantique ne s'applique pas à un système isolé mais à une relation entre un système et un moyen de mesure. Cette réflexion l'amena à re-définir le concept de « phénomène » (ou « phenomenon ») : la description d’un phénomène doit inclure la spécification complète des conditions d’observations. Par exemple dans l’expérience à deux fentes, le mouvement de l’électron n’a plus une réalité indépendante de celle de l’ensemble du dispositif expérimental qui l’entoure. Selon Bohr, la question n’est pas de savoir si l’électron est une onde ou une particule, mais bien de comprendre que dans certaines expériences, les résultats expérimentaux présentent l’électron comme s’il était une onde ou comme s’il était un corpuscule. Les concepts d’onde et de particule constituent donc deux concepts complémentaires, bien que mutuellement exclusifs, qui sont néanmoins indispensables pour une description complète de l’expérience.
C’est ainsi que pour Bohr, la seule réalité sur laquelle nous avons prise consiste dans l’ensemble des phénomènes accessibles à nos sens. Les lois que nous en tirons ne sont qu’une manière commode et efficace de résumer l’ensemble des faits expérimentaux et d’en effectuer la généralisation vers l’inconnu. La mécanique quantique donne, sous forme probabiliste, la description physique la plus complète du monde qu’on puisse concevoir.
Einstein par contre, réaliste et déterministe convaincu, était persuadé qu’il existe une réalité indépendante de nos observations. Nous pouvons indirectement avoir accès à cette réalité en élaborant des théories et modèles. De plus, la connaissance totale et parfaite de l’état de tous les constituants de l’univers ainsi que des lois qui le gouvernent, nous permettraient de prédire l’évolution future de l’univers à tout instant. Or en mécanique quantique ce recensement de la position et de la quantité de mouvement de chacune des particules de l’univers, nous est rendu impossible par les inégalités d’Heisenberg. C’est pourquoi Einstein, n’admettant pas la nature probabiliste de la mécanique quantique, ni les relations d’indétermination d’Heisenberg, accusa alors la mécanique quantique d’être incomplète quant à la description qu’elle nous donne de la réalité.
De nos jours, l'interprétation de Copenhague est considérée
comme une interprétation philosophique classique de la mécanique
quantique. Il n'en est pas moins qu'elle reste un débat d'actualité,
tant sur le plan philosophique qu'expérimental..
· Encyclopaedia Britannica
· A. Pais, Niels Bohr's Times, In Physics, Philosophy and Polity,
Clarendon Press, Oxford, 1991
· E. Segrè, Les physiciens modernes et leurs découvertes,
Des rayons X aux quarks, Fayard, 1984
· N. Blaedel, Documentation danoise : Niels Bohr, Ministère
des Affaires étrangères, Copenhague, Danemark, 1985.
· Niels Bohr, Discussion with Einstein on epistemological problems
in atomic physics, http://www.emr.hibu.no/lars/eng/schilpp/
· Eric Weisstein, Copenhagen Interpretation, http://www.treasure-troves.com/physics/CopenhagenInterpretation.html.
· The Bohr Model, http://theory.uwinnipeg.ca/physics/bohr/.
· John J. Brehm and Willaims J. Mullin, Introduction to the
Structure of Matter : a course in modern Physics, John Wiley and Sohns,
New York (1989).